Effectivité du blocage administratif

Quatre axes de mesure, du plus solide au plus fragile. Chacun indique ce qu’il établit et ce qu’il ne peut pas établir depuis un serveur.

Axe 1 — Aucun résolveur public n’applique le blocage

Le blocage est mis en œuvre par les fournisseurs d’accès grand public, au niveau du DNS. Leurs résolveurs sont fermés hors abonnés : testé et confirmé pour Orange, Free, SFR, Bouygues et FDN. La mesure côté FAI est donc impossible depuis un serveur.

Ce qui est mesurable est différent, et c’est précisément ce qui rend le contournement trivial : les résolveurs publics résolvent-ils encore ces domaines ?

RésolveurRésolusNXDOMAINÉchecs
reseau OVH (defaut)4000
Cloudflare4000
Google4000
Quad9 (filtrant)4000
AdGuard4000

Y compris le résolveur du réseau de l’hébergeur français, qui résout l’intégralité de l’échantillon. Changer de résolveur DNS prend trente secondes et des tutoriels circulent : le blocage retire un chemin d’accès, il ne retire pas le site.

Axe 2 — La vitalité ne s’effondre pas avec le temps

Si le blocage éteignait l’offre, la proportion de domaines répondant encore devrait chuter à mesure que la décision vieillit. Elle chute, puis se stabilise.

Ancienneté de la décisionDomainesRépondentPare-feu (actif)Sans réponseEncore debout
0-3 mois1100100 %
3-6 mois234157313680 %
6-12 mois345237307277 %
12-24 mois91938918633063 %
plus de 24 mois12847544746362 %

Les refus de pare-feu ne sont pas comptés comme des sites morts : ils signalent au contraire une infrastructure vivante qui filtre les requêtes venant d’un centre de données.

Lecture. Le blocage fait disparaître environ un tiers des domaines, puis plus rien. Passé deux ans, près des deux tiers tiennent toujours. Le palier est le fait marquant : il n’y a pas d’extinction, il y a un plateau.

Axe 3 — Le tapis roulant, mesuré

Combien de temps l’ANJ gagne-t-elle à chaque décision avant que l’opérateur ne recrée un domaine ?

IndicateurValeur
Marques ayant subi plusieurs décisions134
Intervalle médian entre deux décisions72 jours
MarqueDécisionsDurée totaleIntervalle médianIntervalle minimalPériode
CASINOEXTRA221168 j43 j18 j2022-11-02 → 2026-01-13
UNIQUE / WINUNIQUE19904 j48 j21 j2022-06-15 → 2024-12-05
CASINOZER191015 j52 j26 j2023-08-24 → 2026-06-04
MACHANCE / WINMACHANCE18812 j39 j18 j2022-09-26 → 2024-12-16
VEGASPLUS / WINVEGASPLUS15665 j38 j11 j2022-09-26 → 2024-07-22
CASINOINTENSE13679 j49 j18 j2023-01-04 → 2024-11-13
LEONBET13706 j59 j27 j2023-12-15 → 2025-11-20
DUBLINBET121105 j64 j22 j2022-11-03 → 2025-11-12
FDJ12344 j28 j1 j2025-05-21 → 2026-04-30
YONIBET111403 j95 j37 j2022-06-13 → 2026-04-16
CASINO PARTOUCHE11636 j38 j1 j2024-04-30 → 2026-01-26
NINECASINO8319 j41 j24 j2024-02-01 → 2024-12-16
FATBOSS7812 j150 j25 j2022-07-04 → 2024-09-23
ROLLETTO71227 j162 j62 j2023-01-31 → 2026-06-11
FRESHBET71088 j133 j51 j2023-02-27 → 2026-02-19

Lecture. Pour les marques les plus actives, l’ANJ doit revenir toutes les six semaines environ. Casino Extra : vingt-deux décisions en trois ans et deux mois, avec un intervalle médian de quarante-trois jours. L’intervalle minimal observé sur l’ensemble du corpus est d’un jour.

Axe 4 — Récidive

IndicateurValeur
Marques bloquées483
dont plusieurs décisions134
dont décisions étalées sur plus d’un an47
dont une décision dans les six derniers mois49
sanctionnées il y a plus d’un an et encore visées récemment14

Marques concernées : BETIFY, CASINOZER, COSMOBET, FDJ, LUCKYBLOCK, ROLLETTO, SHINYWILDS, SIMSINOS, SOS CASINO, TWIN, VAVE, VELOBET

Axe 5 — Déréférencement : ce que voit un joueur qui cherche

Les ordres de l’ANJ couvrent aussi le déréférencement par les moteurs de recherche. Cet axe est le plus fragile, pour une raison qu’il faut énoncer d’emblée : le déréférencement s’applique aux résultats servis aux internautes français, et nos requêtes ne sont pas localisées en France. Ce qui suit ne mesure donc pas l’exécution de l’ordre. Cela mesure autre chose, et d’utile : combien des domaines qu’un moteur associe à ces marques échappent au dispositif.

Le protocole

Pour chacune des dix marques prioritaires, une requête telle que la formulerait un joueur : « marque connexion france bonus ». Puis chaque domaine du premier écran est confronté aux ordres de blocage, et les domaines absents sont sondés individuellement.

Le résultat, et sa régularité

MarqueRésultatsSous ordre de blocageHors liste
MaChance716
Casinozer716
Winhero707
LeonBet615
Casino Intense808
VegasPlus707
Betify826
Vave725
Casino Extra10010
PlayRegal808
Aerobet918
Total84876

Neuf résultats sur dix échappent au dispositif, et le ratio ne varie pas d’une marque à l’autre. C’est cette régularité qui fait le constat : ce n’est pas l’accident d’une marque particulièrement agile, c’est le régime normal.

Ce qui a été vérifié

Sur les 76 domaines hors liste, chacun a été sondé. 39 sont vivants, servis en français, et absents de tout ordre de blocage. Quatorze opposent un mur anti-robot depuis un centre de données et restent non qualifiés ; trois sont des comparateurs, donc du canal et non de l’offre.

Les plus marquants, par score de ciblage du marché français :

DomaineMarqueScore FRRails annoncés
play-regal-casino.appPlayRegal10013
playregal-france.orgPlayRegal957
winmachance.ioMaChance909
fr-casinozerbet.comCasinozer9015
casinosintense.frCasino Intense908
intensefr.frCasino Intense908
casinomachance.orgMaChance8710
betify-casinofr.orgBetify8519
casinoaerobet.frAerobet8514
casino-betify-fr.netBetify8514

Répartition par marque des 39 domaines confirmés : Casino Extra 9, PlayRegal 7, VegasPlus 6, Aerobet 6, Casinozer 5, Betify 5, Casino Intense 4, MaChance 2, LeonBet 2.

Lecture. Le déréférencement subit le même tapis roulant que le blocage : il porte sur des URLs précises, et la marque republie sous un domaine que l’ordre ne couvre pas. Là où le blocage laisse deux tiers des domaines debout, le déréférencement laisse neuf résultats sur dix hors de son champ.

Un cas de parasitage relevé au passage

La requête sur Betify fait apparaître casinobetify.vitacolo.fr — un sous-domaine greffé sur le domaine d’une structure française d’organisation de séjours pour enfants. Même motif que les autres cas de parasitage : voir l’écosystème d’affiliation.

Une anomalie dans la source officielle

Le fichier publié par l’ANJ contient une date impossible : 2026-04-31 — jour inexistant, ramene au 2026-04-30. La ligne n’est pas rejetée : elle est ramenée au dernier jour réel du mois, et l’anomalie est consignée ici. Ce n’est pas un détail de forme : un outil de traitement qui rejette la ligne perd un ordre de blocage.

Synthèse des cinq axes

AxeMesurable iciCe qu’il montre
Résolution DNSoui, hors FAIaucun résolveur public n’applique le blocage
Vitalité dans le tempsouiplateau à deux tiers de domaines encore debout
Tapis roulantouisix semaines gagnées par décision sur les marques actives
Récidiveoui14 marques sanctionnées depuis plus d’un an et toujours visées
Déréférencementnon, faute de localisation françaiseneuf résultats sur dix hors du dispositif

Les deux axes manquants — blocage FAI réel et déréférencement localisé — demandent le même moyen : un point d’observation résidentiel français.

Voir aussi la phase caissier, qui montre que les plateformes réellement atteintes par le joueur ne sont pas celles que les ordres visent.

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